A force de nous faire les poches, nous sommes à la Rue 89

Publié le par USCP UNSA AN

Les députés font les poches de leurs collaborateurs

En 2007, ils ont gardé pour eux ou leur parti plus de 1,5 million d'euros des crédits alloués à leurs assistants et secrétaires.


Cruel dilemme pour les 577 députés. Avant le 5 décembre, ils devaient choisir: offrir le reliquat de leur "crédit collaborateur" à leurs... collaborateurs, ou le garder. Pour eux ou leur parti. Et bien, qu'ils soient PS ou UMP, les députés-patrons ne sont pas tous très solidaires de leurs employés, secrétaires et assistants parlementaires, travailleurs acharnés généralement mal payés.

261 députés n'ont pas reversé ledit "reliquat" à leurs collaborateurs

La nouvelle est arrivée le 30 octobre 2007 dans la bannette des députés, sous la forme d'un "pli personnel et confidentiel" signé de la directrice du service des affaires financières de l'Assemblée nationale. L'objet de ce courrier est d'alerter les nouveaux députés (et de rafraîchir la mémoire des anciens) sur les utilisations possibles du "reliquat" de leur crédit collaborateur, crédit qui s'élève à 8 949 euros par mois:

"Il vous est possible de transférer, dans la limite annuelle de 5 958 euros brut, soit 5 495,66 euros net, la partie non consommée de votre crédit collaborateur sur votre indemnité représentative de frais de mandat."

Une phrase qui a provoqué la révolte des soutiers du Palais Bourbon. Et on peut imaginer que leur colère ne va pas retomber quand ils apprendront les chiffres qui suivent, obtenus après moult appels auprès des différents services de l'Assemblée: 261 députés n'ont pas reversé ledit "reliquat" à leur collaborateur.

Sur la totalité du crédit collaborateur annuel des 577 députés, 2,5% n'ont pas été versés à leurs salariés. 2,5 % qui ont été conservés par les députés ou versés aux groupes. Ce qui représente, en moyenne, un "détournement autorisé" de 2684,70 euros par député, soit 1 549 071,50 euros au total en 2007!

"Scandaleux !", s'insurge Jean-François Cassant, secrétaire général de l'Union syndicale des collaborateurs parlementaires :

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Un courrier pour le PS, une réunion discrète pour l'UMP

D'autant plus scandaleux que les présidents de groupe des partis n'ont pas hésité à faire de la retape auprès de leurs troupes sur le mode: "Reversez le reliquat au groupe plutôt qu'à vos collaborateurs."

Comme l'expliquait Le Point du 6 décembre, une réunion du groupe socialiste a donné lieu à une explication de texte houleuse entre certains députés. Contacté par Rue89, Alain Néri, député PS du Puy-de-Dôme, raconte comment il a donné de la voix pour inciter ses camarades parlementaires à reverser l'intégralité du reliquat à leurs collaborateurs :

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Peine perdue, car tout le monde n'est pas de cet avis. Christian Bataille, trésorier du groupe PS, déclenche une bronca dans les rangs des collaborateurs, en proposant la solution "groupe". Une possibilité, de plus, déjà mentionnée dans une note interne signée par Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste.

A l'UMP, on n'est pas en reste, mais plus discret. Début décembre également, le président du groupe UMP Jean-François Copé et le député Christian Jacob ont réuni tous les collaborateurs de droite dans une salle de l'Assemblée. L'un des participants raconte la scène :

"Ça a gueulé parce que certains députés, s'ils le veulent, peuvent en effet verser le reliquat collaborateur au groupe. Copé a senti que ça chauffait et s'est tiré. Jacob a dû alors gérer et nous a lâché : 'C'est à chacun d'être bon pour faire en sorte que la négociation entre le député et le collaborateur soit à leur avantage'..."

"L'enveloppe collaborateur ne veut plus rien dire"

Sans compter qu'en plus du "reliquat collaborateur annuel", le groupe peut recevoir chaque mois jusqu'à "la moitié du crédit collaborateur mensuel, soit 4 474 euros", comme l'édicte le service des affaires financières de l'Assemblée. Ce qui dépite ce même collaborateur de droite :

 "L'enveloppe collaborateur ne signifie plus rien vu que les députés peuvent verser au groupe chaque mois et à chaque fin d'année les surplus. Cela leur permet d'être mieux traités, de pouvoir poser plus de questions dans l'Hémicycle, d'être nommés rapporteur, etc."

Tout cela va sans doute remettre au centre des discussions de couloir le statut très précaire des collaborateurs - dont les représentants n'ont toujours pas pu être reçus par le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer.

Le syndicaliste Jean-François Cassant juge la situation préoccupante et exige qu'il soit mis fin à "ces possibilités de mettre le doigt dans le pot de confiture":

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Julien Martin et David Servenay

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Le "droit de suite" de ce premier article : questions-réponses à plusieurs députés...


Publié dans Revue de presse

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